Anne-Laure Vincent, comme une chef !

Originaire de Toulon, passionnée de voile mais aussi de cuisine, mère de quatre enfants et Meudonnaise depuis 1994, Anne-Laure Vincent est aussi une « femme d’entreprises ». Co-fondatrice du site Marmiton, la référence culinaire du web, elle se consacre aujourd’hui au développement de DiGiTT, le certificat de compétences numériques.

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A-L Vincent a créé en 2014, Alternative Digitale, une entreprise qui développe un certificat de compétences digitales, reconnu par les employeurs et le ministère du Travail.

Quelle est la genèse de l’aventure Marmiton ?

Anne-Laure Vincent : Marmiton.org a été co-fondé avec trois associés en 1999. Je travaillais à l’époque dans une agence web. Le projet est né d’une passion commune pour la cuisine. Pas la gastronomie mais celle du quotidien, de la gourmandise, de la générosité…car il y a aussi de l’amour dans le fait de cuisiner ! La « recette » de Marmiton a toujours été la même, à savoir mettre en avant l’aspect collaboratif : ce sont les internautes qui apportent les recettes du site - il y en a plus de 60 000 ! - et qui en font profiter les autres. Par ailleurs le système de commentaires et de notes attribuées par les internautes participe à l’amélioration de chaque recette.Je pense que le site a été pionnier dans ce domaine en France en partie grâce à cet aspect. Aujourd’hui, il est communément admis qu’une recette très bien notée sur marmiton est un succès assuré ! (rires)

Comment l’idée d’un site collaboratif de cuisine s’est transformé en modèle économique ?

A.-L. V. : Deux ans après la création du site, en 2001, j’étais en congé maternité car enceinte de mon dernier enfant. J’ai profité de cette période pour réfléchir avec mes associés au modèle économique de Marmiton, à la manière de structurer notre organisation. L’entreprise s’est alors étendue, nous avons pu recruter… Lorsque nous avons vendu Marmiton en 2006 au groupe Auféminin.com, nous étions passés à neuf collaborateurs. Mais nous avons fait en sorte que Marmiton soit une filiale et conserve son identité, ses valeurs.

Vous avez ensuite été dirigeante du groupe Auféminin.com puis dans le secteur de l’éducation. Comment s’est opéré ce changement ?

A.-L. V. : En 2007, on m’a en effet proposé de prendre la direction du groupe Auféminin (ndlr : qui gère notamment les sites auféminin.com, Marmiton, Onmeda ou encore MylittleParis). Après m’être développée dans le secteur des contenus et du marketing, j’ai eu envie de repartir dans une dynamique entrepreneuriale, notamment dans le domaine de l’éducation, que l’on nomme les EdTech. J’ai constaté qu’on avait besoin de moyens pour mesurer les compétences qui évoluent très vite dans notre secteur. Très tôt, chez Marmiton par exemple, nous avions mis en place des tests pour évaluer les profils au regard de ce qui était énoncé sur leurs CV, puis j’ai eu l’occasion de travailler sur la « cartographie des savoirs » au sein de Maxicours, spécialiste dans le soutien scolaire en ligne,dans le cadre d’un projet e-Éducation pour l’Éducation nationale.

Quels principes votre statut de« self-made woman » vous a-t-il permis de défendre ?

A.-L. V. : Mon expérience professionnelle montre que ce n’est pas parce que l’on est une femme ou une mère de quatre enfants que l’on ne peut pas être entrepreneuse ! Le Web a développé un champ des possibles intéressant pour conjuguer vie professionnelle et vie personnelle. Cela permet de réinventer son organisation et génère plus de souplesse par rapport aux schémas traditionnels. Avec Marmiton, nous luttons contre la malbouffe en défendant une cuisine où on se fait plaisir, accessible à tous en quelques clics, quel que soit son budget. À travers Auféminin, nous avons défendu une place de la femme plus égalitaire dans la société. Toujours dans cette logique d’égalité, mon combat s’oriente aujourd’hui contre la fracture numérique.

Quel est ce nouveau projet que vous développez autour du digital ?

A.-L. V. : Alternative digitale, l’entreprise que j’ai créée fin 2014, développe un certificat de compétences digitales,nommé DiGiTT. L’idée est d’en faire l’équivalent du TOEIC (certificat d’aptitude linguistique en anglais) pour le numérique. DiGiTT cible les actifs,qu’ils soient étudiants, indépendants,chercheurs d’emploi ou collaborateurs en entreprise. Notre objectif est de mesurer leurs compétences digitales et de les matérialiser grâce à un certificat reconnu par le ministère du Travail et inscrit au Répertoire national des certifications professionnelles. Ce projet est né du constat lors de mes expériences passées, du manque de visibilité sur ce que l’on appelle les compétences digitales alors qu’il y a un vrai besoin en digital dans les entreprises, une urgence numérique propre à notre époque ! CR