François Quirin, une histoire d'automobiles

François Quirin s’est investi d’une mission de préservation d’un patrimoine. Ce designer restaure d’anciennes voitures abandonnées. Traction, 2 CV, autocar d’antan… Ces véhicules du XXè siècle cachent une histoire singulière que le collectionneur nous révèle.

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Le camion théâtre dispose d’une scène sur laquelle peuvent jouer des groupes de musique. Il est souvent utilisé pour des manifestations culturelles. À Meudon, vous l’avez sans doute aperçu pendant la fête de la musique.

Comment est née cette envie de restaurer et de collectionner d’anciennes voitures ?

C’est un loisir qui a dérapé. Déjà tout jeune, j’aimais tout ce qui touche à la mobilité. En vacances sur la côte d’Azur, j’ai vu un homme qui se promenait dans une belle voiture. Un vrai atout pour séduire les jeunes filles ! J’ai eu ma première automobile dans les années 70, une 5 CV Torpédo de 1922. J’ai rapidement développé mon flair pour découvrir des épaves à rénover. C’est ainsi que j’ai trouvé le camion théâtre.

Quelle est l’histoire de ce véhicule ?

Je l’ai découvert par hasard abandonné dans la région de Rambouillet. Il y avait encore inscrit sur la porte les coordonnées de la municipalité qui l’exploitait. J’ai donc pu retrouver le propriétaire. Malheureusement, il ne voulait pas le vendre. La mort dans l’âme, j’ai regardé ce véhicule unique se dégrader. J’appelais régulièrement le propriétaire, et à force de relances, il me l’a cédé. A l’origine, ce camion Citroën P45 de 1947 appartenait aux pompes funèbres de Paris. Ce comédien, fils de forain, l’a aménagé pour en faire une scène de théâtre ambulant. Après avoir été exploité quelques temps et suite à une panne, il fut abandonné. Le CNRS de Meudon m’a prêté un local afin que je puisse le restaurer, cela a pris plusieurs années. Mais cela valait la peine, ce camion-théâtre est unique !

Comment entreprenez-vous la restauration de ces véhicules ?

Il faut du temps, des compétences techniques, des moyens et de la persévérance. J’ai parfois dû faire plusieurs centaines de kilomètres pour trouver une petite pièce qui coûte en réalité 1,50 €. Mais cela fait partie du jeu. Au passage, on fait de belles rencontres.

En les restaurant, vous leur offrez une seconde vie ?

Ces vieilles voitures, ce sont mes jouets, des jouets qui invitent au voyage et à la découverte. Je pars souvent en vacances avec mon car Citroën type U23 de 1947. Avec ma femme, nous parcourons la France et l’Europe. Pour aller à Rome, il faut prévoir 15 jours ! Mais avec ces voitures, le but n’est pas de faire de la performance, on ne dépasse pas les 45km/h de moyenne. On emprunte les petites routes et on traverse les villages. Ce car nous conduit à vivre des situations insolites, des rencontres chaleureuses, des découvertes inattendues !

Quelle a été votre plus belle découverte ?

J’étais en Corse à Murato avec mon car. Un vieil homme est venu me voir en me disant « J’en connais un comme le vôtre ». J’étais très sceptique mais c’en était bien un ! Seuls trois modèles étaient connus jusqu’alors, et voilà que j’en découvre un de plus ! Caché dans le maquis, il y avait un arbre qui poussait à travers le plancher, les oiseaux nichaient  sur le toit et des impacts de chevrotines trouaient la carrosserie… Probablement des chasseurs qui l’ont pris pour un sanglier ! Après maintes négociations et grâce au soutien financier de Citroën, il a pu être ramené sur le continent. J’ai supervisé sa restauration pendant quatre ans.

Vous avez fondé l’association Camion Théâtre. Dans quel but ?

Grâce à l’association, je loue les véhicules pour des manifestations et des tournages. À Meudon, le camion théâtre a été mis à disposition du village éducatif Saint-Philippe et de la Ville pour la fête de la musique. Il pourrait être utilisé pour tourner dans les villages plus reculés qui n’ont pas toujours accès à des événements culturels. Grâce à l’association, je peux continuer à financer la restauration de ces véhicules et poursuivre la préservation de ce beau patrimoine industriel. ME