Georgia Etcheberry, une centenaire aux mille vies

De la curiosité, une soif intarissable d’apprendre, beaucoup de sang-froid, une pointe de coquetterie, une bonne dose d’humour et un zeste de malice. Du haut de ses 100 ans, Georgette Etcheberry, Georgia pour les intimes, impressionne par sa vivacité. Cette sacrée centenaire est certainement une des figures les plus emblématiques de Meudon-la-Forêt où elle a emménagé en 1962. Lauréate du prix spécial du jury lors de la cérémonie Les Meudonnais ont du cœur, elle partage ses souvenirs et livre son histoire. Une belle leçon de vie.

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Georgia Etcheberry a fêté ses 100 ans avec le Comité meudonnais des seniors en 2016.

Vous avez fêté vos 100 ans en mars. Comment résumer un siècle de vie ?

Difficilement ! Si je dois retenir quelque chose c’est que je n’ai pas eu une vie malheureuse. J’ai grandi dans un bassin minier où l’effort et l’entraide primaient. Ce sont des valeurs fortes, qui m’ont guidée tout au long de ma vie. J’étais une pupille de la Nation suite au décès de mon père pendant la Grande Guerre. Comme beaucoup de femmes, je n’ai pas pu faire d’études. Alors je suis devenue une autodidacte. C’est ma revanche sur la vie. En 1936, je suis partie à Paris. Je travaillais tout en suivant des cours municipaux de sténodactylo. En 1939, j’ai intégré le ministère de la Guerre. Mais les événements ont tout chamboulé, comme vous pouvez l’imaginer. Des années très difficiles sous l’Occupation... Puis en 1944, il y eut la libération de Paris ! Je me rappelle être partie d’Ivry à vélo pour rejoindre la place de la Concorde. Il y avait des soldats américains partout dans les rues. Toutes les filles étaient sous leur charme. Un GI m’a fait danser le rock dans un bistrot. Ma jupe plissée volait au-dessus des genoux. On peut dire qu’il m’a donné le tournis ! En 1945, j’ai eu l’opportunité de commencer une toute nouvelle vie. J’ai reçu un ordre de mission pour aller travailler ministère de la Production Industrielle et de la Reconstruction à Washington. Huit jours sur un bateau pour finalement arriver à New-York… C’était un voyage incroyable !

Que faisiez-vous aux Etats-Unis ?

Le gouvernement avait besoin de sténodactylo bilingue. J’ai appris toute seule les techniques en anglais. À Washington, j’ai notamment travaillé pour Pierre Mendès France qui avait besoin d'une sténo-dactylo  pour dactylographier son courrier. Un monsieur très gentil ! Puis je suis rentrée en France avec mon fils au début des années 60.

Pendant votre séjour aux Etats-Unis, vous avez aussi vécu quelques épisodes houleux. Un crash d’avion notamment ?

Oui en 1954. C’était un avion Air France alors que je rentrais d’Europe. L’appareil n’a pas pu se poser à New-York et il a donc essayé de rejoindre Boston. Seulement, plus de carburant ! Le pilote a été forcé d’atterrir au milieu des champs. J’ai protégé le bébé qui était assis à côté de moi. Il y a eu plusieurs blessés mais l’issue aurait pu être beaucoup plus dramatique. Enfin, j’ai quand même perdu un talon !

Vous avez emménagé à Meudon-la-Forêt en 1962. Pouvez-vous nous décrire le quartier à l’époque ?

Tout était en pleine construction. J’ai eu la chance de trouver un appartement dans un des premiers immeubles terminés : la façade aux « milles fenêtres ». On disait que c’était l’un des plus longs d’Europe. De ma cuisine, je voyais des champs et une ferme. Les familles venaient chercher des champignons et jouaient avec des petits avions. Je me souviens aussi que les hommes faisaient du tir aux pigeons là où se trouve aujourd’hui le parc du tronchet. J’ai toujours aimé Meudon-la-Forêt. Cela a été un grand soulagement à l’époque de trouver cet appartement qui était flambant neuf.

Vous avez reçu le prix spécial du jury à l’occasion de la cérémonie Les Meudonnais ont du cœur. Comment avez-vous vécu ce moment ?

C’était une très belle surprise ! Depuis, beaucoup de Meudonnais me saluent dans la rue. Tout le monde est très gentil avec moi.

Vous leur rendez bien ! Nombreux sont ceux qui disent que vous êtes un exemple.

J’ai surtout de la chance d’être en bonne santé. Je conduis toujours, ce qui me permet d’aller voir mes amis à l’hôpital par exemple. Je fais encore du Qi Gong, je vais de temps en temps à la piscine, je continue de parler anglais dans le cadre de Meudon ville d'Europe, avec "tea and chat" une fois par mois et récemment, j’ai commencé à jouer aux échecs. Je sors très régulièrement avec le comité meudonnais des seniors notamment à l’espace Doisneau. Prochainement, nous devons organiser un pique-nique à l’étang de Chalais. J’espère qu’il y aura de la musique et qu’on dansera ! Tada tada tada tada [elle chantonne « Tea for two »].

Selon vous, quel est le secret de la longévité ?

Le temps passe tellement vite, vous savez. Alors il faut vivre. Être optimiste. Malgré les moments difficiles, il est important d’avoir la volonté de se battre, de se redresser et d’aller de l’avant. Enfin, être curieux et continuer à apprendre tout au long de sa vie. ME