Le soleil est au centre du travail artistique de J-G Lopez.

Jean-Gabriel Lopez, à la croisée de la technique et de l’esthétique

Conseiller en conservation préventive et en numérisation du patrimoine, Jean-Gabriel Lopez mène en parallèle une démarche artistique. Il expose des oeuvres photographiques à Meudon dans le cadre du mois de la photographie du grand Paris.

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Quel est votre parcours ?

Jean-Gabriel Lopez : Après des études scientifiques, qui m’ont amené à travailler dans le domaine du traitement des données numériques pour France Télécom, j’ai rapidement bifurqué vers la conservation des photographies en intégrant l’Institut national du patrimoine pour me former à la restauration. C’est à cette même époque que j’ai commencé à développer une démarche artistique avec notamment la création de l’échantillonneur 6480, sorte de grande boîte qui permettait d’échantillonner le corps à l’aide d’un appareil photo et d’un bras articulé piloté depuis un ordinateur. Ce travail m’a valu de remporter le grand prix de l’école des Beaux-Arts, dont Apple était partenaire. Ce qui est amusant, c’est qu’ils ont pensé récompenser un travail d’infographie réalisé sur écran avec des machines de pointe. En fait, il s’agissait plutôt de construire une image avec du matériel assez sommaire commandé mécaniquement, qui plus est par un ordinateur PC. Quoi qu’il en soit, ce prix m’a permis de présenter mon mémoire et surtout d’intégrer la Villa Médicis.

Comment définiriez-vous votre métier ?

J.-G. L. : Aujourd’hui, je ne me considère pas comme restaurateur de photographies mais davantage comme un expert-conseil de la numérisation et de la conservation du patrimoine où la technique est mise au service de l’esthétique. J’utilise la numérisation, non pas comme une opération froide et objective, mais au contraire comme permettant de donner une identité à une collection. C’est là où se rejoignent mon travail d’expert auprès des musées ou de collectionneurs privés et ma démarche artistique.

Justement, que recherchez-vous sur le plan artistique ?

J.-G. L. : Mon travail repose sur l’utilisation de la photographie ou de l’image comme moyen d’investigation du réel.Comme un chercheur en somme, sauf que dans mon cas l’image produite me renvoie à l’imperfection de mon dispositif sans pour autant remettre en cause ma bonne intention qui, dans le cas de l’exposition Héliographies, est celle de donner une représentation du soleil.

Dans l’exposition présentée à Meudon, les photographies sont réalisées au sténopé. Pourquoi avoir choisi cet appareil très ancien ?

J.-G. L. : Chacune de mes recherches est guidée par le besoin de mettre en adéquation le dispositif de prise de vue, de tirage avec le sujet auquel je m’intéresse. Pour Héliographies, il s’agissait de restituer une image du soleil qui ne se voit pas… L’utilisation du sténopé permet de montrer la diffraction de l’astre à travers un trou et ainsi de traduire au mieux ce que le cerveau perçoit. Cela crée de plus une forme d’intimité entre la photographie et le soleil dont elle se nourrit. Pour d’autres oeuvres, comme l’Atlas des nuages, exposé en avril et mai à la galerie Sit Down avec qui je travaille, j’ai utilisé le cyanotype, autre procédé alternatif ancien à base de bleu de Prusse, pour représenter la couleur du ciel. On le retrouve également dans l’oeuvre Antidote, photographie d’une centrale nucléaire. Cette fois, il ne s’agissait pas de jouer sur les couleurs mais d’utiliser ce bleu pour sa capacité médicale à lutter contre l’exposition aux radiations.

Pourquoi avoir choisi Meudon pour exposer ?

J.-G. L. : Quoi de mieux que le bastion de l’Orangerie, érigé sur les ruines du domaine royal construit par Louis XIV, face à l’Observatoire de Paris-Meudon*, pour faire l’éloge du soleil ! C’était l’endroit rêvé pour exposer. MA

*L’Observatoire de Meudon est spécialisé dans l’étude du Soleil.