Olivier Benoit, porte-parole des avocats

Olivier Benoit a été bâtonnier du barreau des Hauts-de-seine jusqu'en 2015. Tel un chef d’entreprise, au sommet de la hiérarchie, il gère la vie professionnelle de 2 000 avocats. Arrivé en fin de mandat, il détaille ses missions et s’interroge sur le fonctionnement de la justice.

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Olivier Benoit faisait partie des 164 bâtonniers qui exercent en France un rôle de conciliateur et d’arbitre. Ses décisions sont toujours respectées et il a autorité sur ses confrères.

En tant qu’avocat, quelle est votre spécialité et qu’est-ce qui vous a motivé à exercer ce métier ?

C’est une tradition familiale et j’avais aussi le goût pour le droit et le conseil juridique. J’ai aimé mettre cette matière abstraite à la portée et au service des gens. Je n’ai pas une mais deux spécialités, le droit de la concurrence et le droit douanier (droit des marchandises en mouvement).

Comment êtes-vous devenu bâtonnier et quelles sont vos missions ?

J’ai été élu en 2013 par mes pairs pour un mandat de deux ans. Je représente l’ensemble des avocats du département auprès des pouvoirs publics, des autorités judiciaires et de la société civile. Je désigne les avocats commis d’office, veille à la bonne répartition des sommes allouées au titre de l’aide juridictionnelle, dirige les services de l’Ordre en matière de personnel, de communication, etc. Mon rôle est aussi de faire respecter la déontologie professionnelle, de conseiller et d’arbitrer. Je traite les réclamations des clients, le plus souvent pour des questions d’honoraires. Je résous les différends entre avocats lors d’une rupture de contrat par exemple, mais aussi entre avocats et magistrats. Récemment, j’ai été appelé dans une chambre correctionnelle où l’avocat et le président du tribunal s’échangeaient des noms d’oiseaux. La situation était tendue. Ma présence a permis au procès de reprendre son cours. Car le bâtonnier a autorité sur ses confrères ; sa fonction est très respectée.

Votre bâtonnat arrive à son terme. Quel bilan en faites-vous ?

C’est une course de fond, passionnante et épuisante à la fois. Le temps manque pour aller au bout de ses projets. J’avais prévu de réaménager le premier étage du tribunal de grande instance et la bibliothèque au rez-de-chaussée, dont on n’a plus besoin avec l’émergence des nouvelles technologies. Ces chantiers seront pour mon successeur. Il faut avoir l’oeil partout et être à l’écoute de ses confrères, car on est un peu leur confident. C’est l’expérience qui donne de l’autorité et permet de prendre les bonnes décisions. Comme bâtonnier, on peut vite se sentir seul. Heureusement, je suis épaulé par les membres du conseil de l’Ordre et les conseils de mes prédécesseurs sont toujours précieux.

Quel regard portez-vous sur la justice ?

Elle traverse une crise, avec des moyens humains et matériels de plus en plus limités. Le tribunal de Nanterre manque de magistrats et de greffiers. En cette période de restriction budgétaire, on voit des magistrats s’acheter leurs propres fournitures. Dans le même temps, le droit se complexifie. Tout ceci se traduit par un allongement des délais de traitement des dossiers. Pour autant, les citoyens auront toujours besoin d’un avocat, car c’est celui qui parle à votre place en traduisant vos problèmes en des termes juridiques. Je suis favorable aux modes alternatifs de résolution des conflits (MARC). C’est une pratique qui amène des personnes en conflit à trouver une solution à l’amiable.

Avec ce rythme de vie effréné, que ressentez-vous lorsque vous êtes de retour à Meudon ?

C’est une bouffée d’oxygène. J’y réside depuis 1983 et je ne regrette pas ce choix car c’est une ville à dimension humaine où le mode de vie est agréable. J’adore me promener à la terrasse de l’Observatoire et dans tous les sentiers qui jalonnent la Ville. CF