Pétia Jacquet-Pritkoff, un Meudonnais oscarisé

L’orchestre Saint-Georges a interprété la musique de The Grand Budapest Hotel, composée par Alexandre Desplat. Ensemble, ils ont remporté l’oscar 2015 de la meilleure musique de film. Une récompense immense pour ces musiciens et pour leur chef d’orchestre, Pétia Jacquet-pritkoff, qui voue sa vie à la balalaïka.

- Agrandir l'image, .JPG 417Ko (fenêtre modale)
Pour remercier la Ville et les Meudonnais de leur soutien, l’orchestre Saint-Georges s'est produit en concert le 3 juillet 2015 à l’Orangerie.

Vous venez de vivre une aventure unique… Quelles sont vos impressions ?

Je ne peux pas être plus heureux. J’ai toujours eu envie de me lancer des défis un peu fous. Pour nous, les petits Français, c’est une aventure extraordinaire. Interpréter une musique signée de l’un des plus grands compositeurs de musique de films actuels pour une histoire mise en scène par Wes Anderson et portée par une musique folklorique dont l’instrument phare est la balalaïka…C’est incroyable. The Grand Budapest Hotel réunit le plus grand nombre de balalaïkas. Un record détenu jusqu’ici par le Docteur Jivago.

Racontez-nous comment cela s’est passé ?

En août 2013, je passais mes vacances en Vendée lorsque j’ai reçu un coup de fil d’un des collaborateurs de Wes Anderson. Les Américains voulaient qu’on enregistre quinze jours plus tard ! Wes Andreson souhaitant offrir beaucoup de place à la balalaïka dans son film, il a fallu faire appel à une douzaine de balalaïkaistes russes pour compléter la formation. En septembre, nous étions une quarantaine à enregistrer au studio Guillaume Tell à Suresnes. Wes Anderson était là. C’est un homme élégant, enthousiaste. Admiratif de notre travail, il a même fait figurer nos noms au générique.

C’est une vraie reconnaissance pour l’orchestre ?

L’orchestre réunit 23 musiciens qui se partagent six registres pour six tailles d’instruments, du piccolo à la contrebasse. Tout a commencé en 1993 lorsque j’ai convaincu d’anciens camarades de monter un ensemble dans l’esprit du premier orchestre de balalaïkas créé il y a plus d’un siècle en  Russie par Vassili Vassilievitch Andreev, considéré comme le père de la balalaïka moderne. Cette récompense aux Oscars prouve qu’il y a encore des passionnés, parmi les descendants d’émigrés russes, capables de consacrer leur temps et leur talent pour donner vie à une petite page de musique…

Et pour l’histoire de la communauté russe à Meudon ?

Dans les années 1920, de nombreux émigrants russes, fuyant la révolution, sont venus s’installer ici. C’était le cas de mes grands-parents. Ainsi, mon grand-père a travaillé chez Renault à Boulogne avant de devenir chauffeur de taxi. Comme beaucoup de petits russes, mes parents, un couple franco-russe, m’ont envoyé à l’internat Saint-Georges. Les pères Jésuites avaient acquis le Potager pour enseigner aux jeunes issus de l’émigration, dans le respect de leur langue, de leur culture et de leur religion d’origine. C’est là que j’ai découvert la balalaïka… Déjà à l’époque, l’internat était un grand réservoir de musiciens, professionnels et amateurs, qui allaient se produire dans les cabarets parisiens. Grâce à la Ville, la culture russe continue de vibrer à Meudon. Dans l’ancienne chapelle du Potager, outre nos ateliers, des cours de langue russe, d’enluminure et d’art de l’icône sont ouverts au public. Chaque année, la mairie met à disposition le complexe René Leduc pour organiser la fête des Blinis, un moment d’échange pour la communauté, au profit de la paroisse orthodoxe.

À vous entendre, vous aimez beaucoup la commune ?

Je ne quitterai jamais Meudon ! Je suis attaché à la tranquillité, la quiétude qui règnent en ville. J’habite à deux pas du Potager où je répète et donne des cours. Et puis mes racines sont ici. Cette consécration aux Oscars ne va pas changer ma vie. Avec l’orchestre, nous continuons d’enchaîner les concerts, comme bientôt à la Sainte Chapelle, et espérons sortir rapidement notre deuxième album. L’objectif reste le même : faire connaître notre musique. Nous nous produirons le 3 juillet à l’Orangerie. À cette occasion, The Grand Budapest Hotel sera projeté sur écran géant. C’est une belle manière de remercier la Ville et les habitants pour leur soutien. AG