Commémoration

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Libération de Meudon : le discours de commémoration de Denis Larghero

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Vendredi 24 août se tenait la commémoration de la libération de la Ville, place Rabelais, animée par Denis Larghero. Retrouvez le discours du Maire, en hommage aux combattants et résistants qui se sont battus pour la liberté des Meudonnais.

74ème anniversaire de la libération de Meudon, 24 août 2018. Allocution de Denis Larghero en présence des anciens combattants, des présidents et représentants d'associations, des porte-drapeaux, de Madame Mireille Laux, veuve du regretté Charles Laux, dernier survivant Meudonnais de la 2ème DB,

Mesdames et messieurs,

Il y a 74 ans, Meudon a connu l’un des épisodes les plus marquants de son histoire : la fin de 4 années d’occupation par les troupes du régime nazi. 4 années durant lesquelles les Meudonnaises et les Meudonnais, nos parents, nos grands-parents, ont vécu l’oppression.

Meudon était occupée depuis le 14 juin 1940. La situation géographique de la ville était particulièrement stratégique pour les armées allemandes car elle leurs permettait de protéger les usines de Boulogne-Billancourt qu’ils avaient réquisitionnées.

Des batteries anti-aériennes étaient installées à plusieurs endroits et des troupes stationnées pour leur utilisation et leur protection. Ces installations seront bombardées en mars 1942, avril et septembre 1943.

Cette même situation géographique explique aujourd’hui la présence de l’armée française sur la Terrasse de l’Observatoire tous les 14 juillet, afin de protéger le défilé.

De nombreuses victimes, civiles et militaires, seront à déplorer au cours de cette période.

Au mois d’août 1944, les troupes alliées progressent rapidement vers la capitale, après avoir débarqué en Normandie et en Provence. Les soldats allemands, sentant le vent tourner, deviennent fébriles.

Les premiers accrochages débutent rapidement avec la population. Le 20 août un soldat allemand est tué. Une patrouille allemande arrêtera de jeunes gens dans les rues, et notamment au poste de secours situé ici, avenue le Corbeiller.

Le 23 un autre soldat est tué, ce qui conduira la kommandantur, installée avenue Jacqueminot, à prendre en otage plusieurs Meudonnais en leur signifiant qu’ils seraient fusillés au moindre acte d’hostilité.

Dans la nuit du 23 au 24, les troupes allemandes commencent à quitter Meudon pour se regrouper plus à l’Est. La journée du 24 sera la dernière de l’occupation.

Un important détachement de SS traversera la ville, fouillant les malheureux passants et les boutiques et tirant sur les fenêtres ouvertes. Dans le même temps, les troupes alliées contournent Meudon, par Sèvres et Clamart. Des combats ont lieu près de la Seine.

Et enfin, à 18h, les sous-groupements Massu et Minjonnet du groupement tactique du Colonel De Langlade de la Deuxième division blindée du général Leclerc sont au carrefour de la ferme et stationnent avenue de Verdun.

Les nombreux Meudonnais rassemblés à la Mairie autour des résistants, exultent : Meudon est libérée.

Le 25, la population acclamera les chars du général Leclerc qui se rendent à Paris.

Enfin, le soulagement.

La résistance, que j’évoquais à l’instant, jouera un rôle décisif dans l’enchainement de ces évènements, en lien avec le président du Comité de la Libération et futur maire Alfred Tribert.

Leur organisation et leur courage tout au long de l’occupation allemande, en plus d’être une aide opérationnelle précieuse pour les alliés, a maintenu les Meudonnais dans l’espérance de jours meilleurs.

Anonymes ou plus connus, qu’ils soient éternellement remerciés pour ce qu’ils ont donnés à leur ville et, au-delà, à leur pays. Je pense notamment à Abel Vacher, Charles Bergeyre, Henri Savignac, Camille Risser, Albert Fouilhon, Robert-Julien Lanen, Albert Jacques Louis Morel ou Jacques Woog, résistants meudonnais exécutés.  

Je saisis l’occasion de saluer la mémoire d’Arsène Tchakaryan qui nous a quittés le 4 août dernier, à l’âge de 101 ans. Arsène Tchakaryan était le dernier survivant du groupe Manouchian, résistants majoritairement arméniens qui avaient pris les armes et mis toute leur intelligence et leur courage au service de leur pays d’accueil. 22 membres de ce groupe avaient été fusillés en février 1944 non loin d’ici, au Mont Valérien. Arsène Tchakaryan, que j’ai bien connu, était très attaché à la transmission de la mémoire et il a beaucoup écrit sur cette période.

Il donnait des conférences partout en France dont une, en 2007, à Meudon à destination des élèves du lycée Rabelais, accompagnée d’une exposition. Il participait régulièrement aux cérémonies d’hommage à Missak Manouchian à Issy-les-Moulineaux et aux commémorations du génocide à Meudon. Nous avons perdu un exemple et un ami et je remercie Léon Hovnanian d’avoir représenté notre ville à ses obsèques la semaine dernière.

Ces résistants et ces soldats peuvent être fiers car aujourd’hui encore nous vivons dans un pays libre. Cette liberté, nous la leur devons.

Nous la devons aujourd’hui aussi à ceux de nos compatriotes qui, combattent le terrorisme sur notre sol et à l’étranger : nos soldats déployés en Afrique, au Moyen-Orient, sur terre, en mer et dans les airs, nos forces de l’ordre, policiers, gendarmes, les hommes de l’opération Sentinelle régulièrement déployés à Meudon.

Tous se battent pour que la France demeure un pays de libertés, parfois jusqu’au sacrifice ultime comme l’a prouvé le colonel Arnaud Beltrame encore cette année.

Ainsi que nous l’avons fait pour la Résistance et la Déportation ou le 8 mai dernier en présence du Maire de notre ville jumelle allemande, nous continuerons à honorer leur mémoire avec exigence et solennité.

C’est en ce sens que nous préparons les cérémonies du Centenaire de l’Armistice du 11 novembre 1918 à venir. Je remercie chaleureusement celles et ceux, organisateurs, anciens combattants, porte-drapeaux, élus et saluer les professeurs, élèves, scouts, musiciens, choristes et cmjistes qui contribuent à cette œuvre nécessaire et indispensable. Je tiens d’ailleurs à avoir une pensée pour le porte-drapeaux, Claude Bronoel, décédé au mois de juillet à l’âge de 84 ans.

C’est ainsi que nous ferons la volonté de ceux qui sont morts sans connaitre les joies de la libération et des retrouvailles avec leurs proches.

Comme l’écrit Missak Manouchian dans sa dernière lettre à son épouse Mélinée avant d’être fusillé : « Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter à la douceur de la liberté et la paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu’il méritera comme châtiment et comme réponse ».