Personnalités meudonnaises

René Leduc

René Leduc est né en 1901 à Paris. A 8 ans, sa famille s'installe à Meudon. Son père, industriel, meurt en 1916 à bord du bateau le "Sussex" torpillé par les Allemands.

Mobilisé en 1939, il entre dans le réseau de résistance "Ceux de la libération", dont il en devient le chef au niveau national. Recherché par la Gestapo qui perquisitionne et occupe son domicile à Meudon et garde prisonniers sa femme, sa fille et son fils durant huit jours. Il est arrêté le 2 février 1944 par la Gestapo, avenue des Champs-Élysées, sur dénonciation puis interné à la prison du Cherche-Midi dans la cellule des condamnés à mort. Transféré à Compiègne le 27 avril 1944, il est déporté aux camps d’Auschwitz le 1er mai 1944, de Buchenwald du 10 au 25 mai 1944 et de Flossenburg du 25 mai 1944 au 5 mai 1945. Transféré à l’hôpital d’Auerbach le 5 mai 1945, il est rapatrié par train sanitaire le 21 mai 1945.

En 1947, René Leduc entame le 1er de ses quatre mandats de maire de Meudon (jusqu'en 1971). Une de ses premières décisions a été réconcilier la France et l'Allemagne à travers l'amitié de Meudon et de Celle et ce bien avant le traité de l’Élysée. Par ailleurs, il a fait construire de nombreux équipements publics, sportifs et culturels (extension de la mairie, lycée, centre culturel, jumelages, piscine, bibliothèque municipale, centres aérés, colonies de Cabourg et de Rouzat, marché couvert).

En 1958, il entre à l'Assemblée nationale (jusqu'en 1967).

René Leduc décède le 10 mars 1983. En hommage, la Ville a érigée une stèle le 15 mai 1999 au complexe sportif qui porte son nom. Chaque année, la commémoration de la journée nationale de la Résistance a lieu devant cette stèle.

Justes de Meudon

Rien ne prédestinait Yvonne Hagnauer, Hilaire et Irène Samain à sauver des enfants de la déportation. Ont-ils eu conscience du danger ? Ont-ils eu peur pour eux et leurs proches ? Les circonstances de la guerre et le hasard d'une rencontre ont transformé des gens avides de paix en héros discret de notre Histoire. Celui qui sauve une vie, sauve l'univers tout entier. C'est par ces simples mots que se justifie la délivrance du titre de "Juste parmi les Nations". Yvonne Hagnauer, Hilaire et Irène Samain ont agit avec humanité au cœur d'une période d'inhumanité.

Yvonne Hagnauer (1898-1985) était une grande pédagogue. Institutrice en 1918, cette jeune bretonne épouse un instituteur en 1925, Roger Hagnauer, dont la famille a quitté l'Alsace après la guerre de 1870. Professeure d'anglais, féministe, syndicaliste militante, co-fondatrice de la Ligue des femmes pour la Paix en 1938, Yvonne Hagnauer est révoquée de l’Éducation nationale en 1939. En 1941, avec Roger, elle ouvre la Maison des enfants de Sèvres. C'est là que l'Histoire a rendez-vous avec le couple.  Cette Maison accueille jusqu'à 150 enfants, orphelins ou abandonnés, dont les deux tiers de confession juive. Il faut d'abord changer les noms, en les francisant ou en les traduisant, puis obtenir des vrais faux-papiers avec l'aide de la mairie de Sèvres. Mais surtout, il ne faut pas éveiller les soupçons. Les enfants sont encadrés par des adultes également juifs ou francs-maçons, étrangers, réfractaires au STO ou résistants. Seul Roger Hagnauer a été dénoncé pendant cette période. Interrogé par la police, il a réussi à s'enfuir à Clermont-Ferrand où il est resté jusqu'à la Libération.  En août 1944, les enfants retrouvent leurs noms mais pas leurs parents, sauf un. Malgré deux procès lors de l’Épuration, l'hommage est unanime pour le courage dont Yvonne et Roger Hagnauer ont fait preuve mais aussi pour les qualités de leur enseignement. La Maison de Sèvres ou La "petite République" devient très vite trop étroite. Le château de Bussières à Meudon est acheté. Yvonne Hagnauer a été faite chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur et a reçu la médaille des Justes de l’État d'Israël en 1974. Décédée le 1er novembre 1985, elle est enterrée au cimetière de Trivaux.

Hilaire Samain (1881-1959) dirigeait une fabrique de briques dans l'Oise pendant qu'Irène Samain (1893-1965) s'occupait des 13 enfants de la famille. En 1943, ils partent se réfugier à Paris et s'installent rue des Saints-Pères avec neuf de leurs enfants. Irène fréquente régulièrement le magasin de couture de Mme Hélène, qui fait travailler Maurice et Denise Mendelbaum, Juifs Polonais qui ont fuit les persécutions. Un jour, Irène et Thérèse, l'une de ses filles, entrent dans l'échoppe et y croisent Maurice Mendelbaum venu une dernière fois supplier Mme Hélène de le sortir, lui et sa femme enceinte, de la cabane de jardin où il habite. Nouveau refus. Maurice s'en va. Comme s'il s'agissait d'un cousin venu de Province, Irène Samain envoie sa fille lui proposer de venir le lendemain chez elle pour s'y réfugier. Les Mendelbaum se méfient et craignent un piège de la Gestapo, car l'immeuble où habite les Samain est situé dans les quartiers de Paris réquisitionnés par la police nazie. Malgré tout, ils viennent au rendez-vous. En échange d'une chambre dans l'appartement - et non dans une chambre de bonne trop risquée avec un concierge fouineur - et d'un refuge, le couple se met au service de la maisonnée et des enfants. Irène leur remet les clés de l'appartement, des placards et des armoires. 
Le couple a pris tranquillement sa place au sein de la famille. Jacques, l'un des fils Samain, est étudiant en médecine. Avec l'aide d'une infirmière, il accouche Denise. Le petit Georges est rapidement le nouveau petit frère des 9 enfants Samain.
À la Libération, les Mendelbaum emménagent dans le Sentier et les deux familles se retrouvent pour les grandes occasions. À la mort de Maurice, Denise et Georges partent vivre en Israël où elle apprend l'existence du mémorial de Yad Vashem, dédié aux Juifs et à ceux qui les ont sauvés. En 1994, Hilaire et Irène Samain sont faits "Justes parmi les Justes" à titre posthume. La remise de médaille aura lieu le 28 mars 1995 au Sénat en présence de Georges Mendelbaum, professeur d'Université.
La fille aînée d'Hilaire et d'Irène Samain, est bien connue des Meudonnais. Gaëlle de Rauglaudre, mère de 3 enfants - une fille mariée avec Jean-Marie Hamelin, fils d'un ancien maire de Meudon - grand-mère de 9 petits-enfants et arrière grand-mère de 11 autres, a mené une brillante carrière de journaliste radio sur France Inter. À sa retraite, elle a animé "Culture à l'hôpital", une émission diffusée dans les établissements hospitaliers et proposant des interviews de personnalités pour les patients.

Les Justes dans le monde
Créé en 1953, ce titre a été décerné a 23 226 personnes à ce jour, dont 3615 en France. Tous leurs noms sont gravés dans un mur, allée des Justes à Paris, près du Mémorial de la Shoah. Le pays qui en compte le plus est la Pologne (6195), pays où étaient situés les principaux camps de déportation.

Gisèle Guillemot

Déportée à Ravensbrück, Gisèle Guillemot n'a eu de cesse de transmettre son histoire aux jeunes générations comme en 2009 auprès des collégiens de Rabelais et de Saint-Exupéry.Une femme engagée dans la Résistance qui porta la mémoire des camps jusqu’à son dernier souffle, en 2013, à l’âge de 91 ans.

Gisèle Guillemot est née le 24 février 1922 à Mondeville (Calvados) d'une mère normande et d'un père italien. Elle vit alors à la  cité ouvrière du Plateau, au pied de l'usine métallurgique SMN où son beau-père est comptable. Rebelle à l'ordre établi et au système paternaliste et hiérarchique de l’usine, révoltée contre les inégalités sociales, elle est renvoyée de son école et poursuit sa scolarité en primaire puis au cours complémentaire à Colombelles. Là, elle est profondément marquée par l'enseignement d'un couple d'instituteurs militants de la pédagogie Freinet : elle apprend alors à " penser " et découvre avec passion la littérature, le théâtre, la poésie et l'écriture.

Quoique très jeune, elle participe aux mouvements sociaux de 1936 et du Front Populaire ainsi qu'à des actions de soutien à la République espagnole. Dès le début de l'occupation, à l'été 1940, elle entre en résistance avec des copains du Plateau. Des membres du réseau sont arrêtés par les gendarmes français de Colombelles qui les livrent aux Allemands. Quatre sur six des membres de ce réseau, seront fusillés ou tués par les nazis.

Gisèle adhère au Parti Communiste - alors illégal - et continue au sein du Front National (mouvement de résistance communiste) pour l'Indépendance de la France. Agent de liaison, sous le pseudonyme d'Annick, elle est arrêtée par la Gestapo le 9 avril 1943 en même temps que ses camarades arrêtés par la brigade spéciale de Rouen (police française). Emprisonnés à Caen puis transférés à Fresnes, ils y seront jugés par le Tribunal Spécial de Lübeck. Condamnés à mort le 13 juillet 1943, les quatorze hommes sont fusillés au Mont Valérien. Les femmes - Gisèle et Edmonde Robert,  institutrice à Saint-Aubin-sur-Algot – elles, aussi condamnées à mort, classées" Nacht und Nebel " et déportées en Allemagne vers les prisons de Lübeck et Cottbus, au cours d'un incroyable périple ferroviaire de 89 jours à travers l'Allemagne et la Pologne en passant par Dantzig.

À l'automne 1944, elle est transférée au camp de Ravensbrück puis, en mars 1945, évacuée avec les survivantes vers Mauthausen où elle est libérée le 20 avril 1945 par la Croix-Rouge internationale.

C'est en prison et dans les camps qu'elle écrit, clandestinement bien sûr, la plupart de ses poèmes dont elle a depuis accepté d’en publier certains. De retour dans le Calvados, elle apprend la disparition de ses camarades. Et comme tous les déportés survivants, elle est confrontée à l'incompréhension générale d’une société civile incrédule. Elle quitte alors la région pour vivre à Paris où elle peut rencontrer d'anciens déportés. Elle a deux filles. Elle poursuit son engagement politique avec le PCF qu'elle quittera par la suite, lutte contre la guerre en Algérie et milite aussi au sein de la Fédération Nationale des Déportés Internés et Résistants Patriotes, rédigeant de nombreux articles dans son journal intitulé « Le Patriote Résistant ». Gisèle Guillemot est Commandeur de la Légion d'Honneur.

Depuis les années 1980, en réaction aux falsificateurs et aux négationnistes, elle sort de son silence et sillonne la France, pour témoigner auprès des scolaires en particulier. En juin 1995, à Colombelles, elle inaugure avec Carlo Scola, seul survivant avec elle du petit groupe du Plateau, une plaque commémorative à la mémoire de leurs quatre camarades assassinés. En 2001, elle publie, chez L'Harmattan, "De Colombelles à Mauthausen", le récit de ses souvenirs, qui obtient le prix 2002 de sociologie et d'histoire de l'Académie Française ainsi que le prix du Comité Action Résistance.

Gisèle est venue à Meudon en mai 2009 à la rencontre de tous les élèves des classes de 3e des collèges Rabelais et Saint-Exupéry. Elle a pu ainsi rendre compte de son expérience concentrationnaire à près de 300 jeunes meudonnais et leurs enseignants. Elle a échangé avec eux sur l’horreur de la déportation sous le Troisième Reich. Tous ceux qui l’ont connue gardent de Gisèle l’image d’une femme à fort tempérament, libre et rebelle. Une femme engagée dans la Résistance qui porta la mémoire des camps jusqu’à son dernier souffle.