Parvine Curie, le poétique dans la sculpture

Il faudrait plus qu’un numéro de Chloroville pour revenir sur l’exceptionnel parcours de Parvine Curie. De ses premières œuvres façonnées en Espagne au milieu de années 50 jusqu’à devenir l’une des figures centrales de la sculpture contemporaine. Dans les années 70 elle rencontre son deuxième époux, François Stahly, et s’installe avec lui à Meudon. Alors qu’un espace à son nom est inauguré ce mois-ci au musée, l’artiste octogénaire, nous reçoit chez elle dans une rue calme de Bellevue.

Vous participerez à la prochaine Nuit des musées le 18 mai à Meudon. Quel lien entretenez-vous avec le musée d’art et d’histoire ?  

Un parcours dédié à mes sculptures sera inauguré dans les jardins du musée. Scarlett Reliquet, historienne d’art et amie, qui est également ma biographe, commentera la visite. Moi je fais les choses mais je suis moins à l’aise pour en parler (rires). Je me sens un peu chez moi dans ce musée car avec mon mari [le sculpteur François Stahly, décédé en 2006, ndlr] nous avons connu Michel Anthonioz [conservateur du musée de 1969 à 1978, ndlr]. Ensemble nous avons poussé un peu pour que la sculpture s’y fasse une place. Le parc de sculptures n’existait pas avant lui. Nous y avons fait plusieurs expositions personnelles (notamment en 1981 et en 2003); des expositions dédiées aux artistes de la jeune sculpture ont été organisées ensuite. Il y a trois ans j’ai fait une donation d’œuvres au musée. Quatorze d’entre elles sont installées dans le parc et d’autres dans une salle qui m’a été réservée à l’intérieur. Il y en a une, monumentale, en bois, appelée Mère-murs, qui est le point de départ du sentier Parvine Curie.

Vous vivez à Meudon depuis 1975, que représente cette ville pour vous ?

François Stahly était très attaché à Meudon car il y a vécu presque toute sa vie de sculpteur. Je l’ai rejoint il y a plus de 40 ans maintenant, je suis donc moi aussi très liée à la ville et surtout au musée qui a été un peu la succursale de nos ateliers ! (Rires). On pensait qu’il fallait faire quelque chose dans cet endroit qui était idéal pour intégrer la sculpture dans la nature. C’est un concept merveilleux qui m’a toujours tenu à cœur. Mais à l’époque la ville était bien plus verte ! Lui, avait son atelier juste en face, c’était une ancienne orangerie. Là derrière il y avait une forêt d’arbres, aujourd’hui c’est un tas de petits pavillons, c’est dommage. Ca s’appelait le parc de Bellevue je crois. Mon mari s’était installé ici car il avait rencontré un collectionneur qui lui achetait de petites sculptures et vivait à côté. C’était Henri-Pierre Roché, l’auteur du livre Jules et Jim. Et François voulait s’établir dans un endroit tranquille.

Pourquoi la sculpture ?

J’étais jeune et plutôt littéraire, en fait j’aurai voulu écrire. J’ai rencontré  le sculpteur catalan Marcel Marti [qu’elle rencontre en 1957 à Barcelone et épousera deux ans plus tard, ndlr] qui m’a initiée. Je ne connaissais pas la sculpture ni l’art en général. Il m’a donné les moyens de regarder les choses autrement, de me développer. Puis c’est devenu la passion de ma vie. Au point que cela nous a séparés. Un jour il m’a même dit « c’est la sculpture ou moi ! » (Sourire).

Vous avez eu 83 ans cette année. Continuez-vous à sculpter ?

Je fais encore des expositions oui. Il y en aura une en 2020 au musée d’art moderne de Troyes. Aujourd’hui je suis un peu cheffe d’entreprise : j’ai créé ici le fonds Parvine Curie - David Marti. Avec un comité qui s’occupe de mes œuvres et des siennes car il était peintre et poète. J’aimerais que cette maison reste et qu’on puisse la visiter comme une maison d’artistes. J’ai encore beaucoup de choses à gérer ! Sinon en ce moment je fabrique des gaufrages, des collages, des tentures aussi. Et j’ai encore fait une ou deux pièces… je n’ai pas pu m’en empêcher ! CR