Pierre Léna, le regard dans l'infini

L’astrophysicien et académicien Pierre Léna, longtemps Meudonnais, profite d’une retraite active après une carrière universitaire consacrée à l’observation du Soleil et des astres. Il revient à Meudon pour une conférence de l’université Auguste Rodin, le jeudi 12 avril.

- Agrandir l'image, .JPG 583Ko (fenêtre modale)

Quels ont été les moments clés de votre carrière d’astrophysicien ?

J’ai commencé en 1963 à l’observatoire de Meudon, à un moment propice au développement de recherches nouvelles sur le Soleil et les étoiles. Afin d’étudier leur rayonnement infrarouge,nous avons d’abord conçu des télescopes embarqués dans des avions, à haute altitude, à une époque où l’espace ne nous était pas ouvert. Je me souviens de moments extraordinaires, comme l’éclipse solaire en 1973 à bord du Concorde, ou des nuits en Caravelle. Plus tard, j’ai été engagé dans la préparation du très grand télescope européen VLT (Very Large Telescope), installé au Chili dans le désert d’Atacama. Cela m’a occupé plus de 20 ans.

Qu’y avez-vous développé ?

Grâce à une excellente équipe, nous avons été les premiers à mettre en place la technique de l’optique adaptative, pour améliorer les images astronomiques obtenues par les télescopes,en corrigeant les perturbations que causent les turbulences de l’atmosphère. Plus tard nous y avons ajouté une propriété demeurée unique au monde par son ampleur sur le VLT : l’interférométrie, une manière de rendre encore plus fines les images obtenues au télescope. À ce moment-là se révèlent des détails équivalents à ceux que pourrait discerner un télescope de plus d’une centaine de mètres. Aujourd’hui l’interféromètre du VLT, qui explore le trou noir du centre de notre Galaxie, est la plus puissante machine au monde.

Comment a été découvert ce trou noir ?

C’est l’équipe de Reinhard Genzel à Munich qui a fait cette très belle découverte, publiée au début des années 2000. Ensemble nous avons mis en chantier un instrument interférométrique, extraordinairement complexe, adapté à la configuration du trou noir et nommé Gravity. Il permet d’explorer pour la première fois les sources lumineuses dans l’environnement immédiat de celui-ci.

Quels seront les thèmes abordés lors de votre conférence le 12 avril ?

Nous l’avons intitulée « Les télescopes du futur ». Je parlerai de ce qui les limite, comment les améliorer, ce qu’on sait faire aujourd’hui, ce que nous permettent des instruments comme le VLT, pourquoi travailler parfois dans l’espace plutôt qu’au sol, mais aussi de ce qu’on peut attendre des futurs télescopes terrestres. Je citerai en particulier l’instrument européen de 39 mètres actuellement en construction au Chili. Il permettra l’exploration des exoplanètes, un des grands sujets actuels de l’astrophysique, sans oublier les ondes gravitationnelles et la découverte du passé de l’Univers. MH